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Les trois premières vies
du marin
École de croisière - Voyage au long cours
Ces deux extrait
sont issus de la rubrique "Voyage au long cours" qui traite la de
préparation du parcours. Il met en évidence que contrairement à une idée
répandue, un bateau de voyage passe la plus grande partie de son temps
au mouillage.
Depuis le début du mois,
nous naviguons dans les îles Vierges Britanniques avec la plus grande
nonchalance. Nous nous limitons le plus souvent à une petite dizaine de
milles, parfois moins. Puis si le mouillage nous plaît, nous y restons
un jour ou deux, parfois plus. Ainsi, pour cinq semaines passées en
République Dominicaine, nous n'avons visité que trois mouillages ! Ce
mode de navigation diffère bien de celui du début de notre voyage. Il
nous fallait alors « bouffer des milles ». Nous avions une réelle soif
de naviguer toujours plus loin, de découvrir de nouveaux mouillages. Peu
à peu, nous avons découvert les différents modes de vie du marin en
grand voyage.
Mode navigation
Pour beaucoup, un équipage de grand voyage passe sa vie en mer à
naviguer. Là encore, j’ai le regret de démystifier les choses. Il est
assez peu fréquent que les bateaux de grand voyage aient à naviguer
pendant vingt-quatre heures ou même douze heures d'affilée. La plupart
d'entre eux traversent pourtant des océans, mais le ratio temps de
navigation, temps au mouillage est sans équivoque en faveur de ce
dernier. Il ne faut pas oublier qu'un bateau de grand voyage est sur le
principe, plus proche d'une caravane que d'un long-courrier. Et une
caravane remplit mieux sa fonction dans un joli camping que sur
l'autoroute.
Distance moyenne par jour en mode navigation : 50 à 200 milles.
Mode cabotage
C'est le mode par excellence des bateaux de location et des bateaux de
grand voyage débutants. Une navigation de dix ou trente milles dans la
journée, une baignade, une petite balade rapide à terre et le lendemain,
on recommence. Les caboteurs restent rarement une journée complète dans
un même mouillage car ils espèrent découvrir le plus de choses possible
sur une période relativement courte.
Distance moyenne par jour en mode cabotage : 10 à 30 milles.
Mode nomade
Les nomades se déplacent bien sûr, mais uniquement pour aller d'un
campement à un autre. Arrivés à un bivouac qui ne leur convient pas, ils
sont susceptibles de partir dès le lendemain. Néanmoins, le plus
souvent, ils restent deux, trois jours et parfois plusieurs semaines. La
plupart des bateaux de grand voyage préfèrent le mode nomade à tout
autre. À croire que, seuls de longs séjours permettent de donner son
vrai sens au mot voyage. Distance moyenne par jour : 5 à 10 milles.
Les
deux dernières vies du marin
21
mars. White Horse - Pomato Point (Anegada), 15.3 milles
École de croisière - Voyage au long cours (6/6)
Et puis, pour être tout à
fait honnête, il est nécessaire de citer deux autres modes de vie de
navigateur. Deux modes de vie qui n'ont rien à voir avec un fier navire
brisant les flots.
Mode maintenance
Ce n'est pas le plus plaisant. Il s'agit de l'escale technique qui
oblige à rester entre trois jours et trois mois dans un port où les eaux
cristallines et les palmiers ont disparu depuis longtemps. La cause la
plus fréquente en est le carénage, mais il peut s'agir d'opérations plus
longues et plus complexes. Certains bateaux sont également en mode
maintenance depuis des années, mais la complexité du moteur en panne
n'est pas la seule raison de la longueur du séjour. Plus souvent, une
caisse de bord exsangue explique le blocage. Généralement, l'équipage
souffre également d'une réelle perte de motivation pour le voyage en
mer.
Distance moyenne par jour : 0 mille.
Mode à terre
Très logiquement, si les terriens prévoient leurs vacances en bord de
mer, les navigateurs les conçoivent à terre. La plupart des équipages en
grand voyage prévoient à court ou moyen terme, un retour provisoire.
Parfois le voyage se limitera à: deux semaines, le temps de régler
quelques points administratifs et de visiter sa famille proche. Parfois,
le séjour dure trois mois ou plus, le temps de goûter à nouveau aux
plaisirs terrestres. Certains navigateurs ne reviennent jamais vers
leurs origines, mais plus par contrainte que par volonté. La raison
principale de leur exil est généralement le manque de moyens pour
acheter les billets d'avions. Souvent aussi, un navigateur préfèrera
renoncer à un retour sur sa terre natale parce que son ex-femme l'attend
de pied ferme pour lui réexpliquer la notion de pension familiale. Sur
le même principe, l'ex-femme peut être remplacée par un agent du fisc et
la notion de pension familiale par celle d'arriérés d'impôts. Mais ces
navigateurs qui restent en exil volontaire ou forcé sont rares.
Distance moyenne par jour : 0 mille
Bien des équipages de grand voyage s'accordent d'ailleurs pour dire que
la meilleure combinaison de modes de vie du marin est six mois à terre
et six mois en mer. Cette formule préviendrait la lassitude de la vie
sédentaire mais aussi de la vie en mer. Un autre avantage de cette
organisation semestrielle est de toujours vivre à la bonne saison. Par
exemple dans l'hémisphère nord, ces navigateurs seront de mai à octobre
en métropole et le reste du temps sous les tropiques lorsque la période
des pluies et des cyclones s'est éloignée. Enfin, pour les marins ayant
un travail permettant la saisonnalité, elle est aussi un excellent moyen
de renflouer la caisse de bord. Si ce mode de vie semble idéal, il pose
également ses contraintes : nécessité d'avoir un pied à terre disponible
en plus du bateau, budget billet d'avion, frais liés au gardiennage du
bateau. Il faut donc des moyens financiers solides ou un métier
permettant de travailler six mois par an.
Comme d'habitude, la vie
n'est pas assez carrée pour correspondre à une énumération en cinq
points. Un bateau de grand voyage n'est jamais intégralement dans un
mode ou dans l'autre. Il les enchaîne : en mode cabotage pour se rendre
au départ d'une traversée océanique, en mode navigation, puis en mode
maintenance après la traversée et de nouveau en mode cabotage quand
l'équipage ressent le besoin de tout découvrir de la nouvelle contrée.
Enfin, peu à peu le mode nomade prend le dessus, car finalement la vie
au mouillage est plus agréable qu'en navigation.
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